" Les dieux de la pêche m’ont été généreux, ils m’ont fait côtoyer les plus grands moucheurs et leur amitié m’a permis de lancer mes artificielles dans des eaux merveilleuses, autant qu’éloignées de mes Pyrénées Catalanes. Fort de cette expérience, avantage et inconvénient d’un temps qui passe toujours trop vite, je peux dire aujourd’hui, que j’ai connu très peu de moucheurs aussi talentueux que Christ.
Rien ne pouvait prévoir qu’un jour nous deviendrions compagnons de pêche, tant nous sommes différents. D’abord le lieu de rencontre : Internet, par l’intermédiaire d’un de ces milliers de forums de pêche que nous avons fréquentés un temps. Puis ce fut la première sortie, dans un coin secret de ma Catalogne éternelle avec des truites grandes comme ça.
Sa tenue aurait pu faire pâlir de jalousie James Bond, rien ne semblait être négligé… rien à voir avec le bric-à-brac hors d’âge dont je me sers et qui a subi tous les outrages du temps. Ses boites à mouches débordaient de centaines d’imitations disposées en rang d’oignons, montées à la perfection, déclinées en plusieurs tailles… les miennes étaient en vrac, emmêlées en un capharnaüm plumeux dans de vieilles boites à casier. Il en aurait vingt-cinq mille au total et cela va sans dire, toutes montées par lui… vous imaginez ?
Alors, pourquoi et dans quel recoin de notre caboche, avons-nous pu trouver les atomes crochus qui nous permettent de pêcher encore ensemble ? Pour sûr, dans ces crises de rire qui nous obligent trop souvent à nous asseoir sur la berge, en oubliant pour quelques minutes la rivière et les truites. Sans nul doute encore, par ce goût commun de côtelettes arrosées d’un mauvais vin, partagées dans une taverne trop bruyante et enfumée au fin fond de ma Catalogne. Mais ce qui nous lie avant tout, c’est notre joie toujours recommencée lorsqu’une Fario s’empare de notre mouche sèche.
Jadis nous aurions pu capturer à peu près autant de poissons l’un que l’autre, tout était plus facile à cette époque bénie. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, il m’a laissé sur place car sa prescience, son application, sa minutie ont fait leurs preuves.
En écrivant ses lignes, je pense à trois poissons magnifiques.
À chacune de ses dérives il me décrivait leurs réactions. Pendant ce temps, immobile à ses côtés, j’étais incapable de les voir. Inutile de préciser qu’il a fini par les capturer après des batailles homériques. Comme tout un chacun, jaloux, j’aurais dû lui en tenir rigueur,
mais il n’en fut rien… ou pas longtemps.
Maintenant vous savez, si vous voulez comprendre pourquoi Selwyn Marryat est encore aujourd’hui - avec Christ - le meilleur pêcheur
de tous les temps, je vous réserve votre prochaine sortie. En revanche, si vous rêvez un jour de pratiquer comme un Dieu et connaître le moindre secret de cette merveilleuse pêche à la mouche, c’est avec Christ qu’il vous faudra progresser. Et ce livre, que dis-je cette bible, vous permettra de partager toutes ses connaissances.
Sœur Julyana Berner ne m’en tiendra pas rigueur, car il n’y a pas blasphème dans mes propos, que d’affirmer encore une fois que Christ pêche comme un Dieu ! "

 

Joan Miquel TOURON

Ecrivain halieutique